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15 Juillet 2009. 20 Juin 2009. 14 Juillet 2009. 20 Janvier 2010.

15 Juin 2009.

___Je suis tombé par hasard sur ce journal, et j'ai qu'une seule chose à dire : Tom Kaulitz, tu es un enfoiré de première classe ! Je te hais, espèce de petit con prétentieux, toi qui a osé nous abandonner pour des raisons complètement stupides ! Je te hais de nous faire pleurer plus que notre tour ! Je te hais pour tout ça, pour avoir emporté avec toi une partie de nos c½urs, à Georg et à moi, pour avoir mis le mot « fin » à une aventure que nous aurions voulu ne jamais voir se terminer. Je te hais, et par-dessus, j'ai même pas les couilles de te hair réellement. J'espère que de là où tu es, tu as conscience du mal que nous ressentons, et que tu peux lire ces mots. J'espère que tu as mal, aussi mal que moi, et que tu as l'intelligence et le c½ur de pleurer. De nous pleurer. Je te hais espèce de con, tu nous manques déjà tellement ...
Gustav S.

30 Juin 2009,

___Je viens de relire ce que j'ai écris il y a quelques jours de cela, et putain c'est toujours aussi vrai. J'ai envie de me dire que tu lis, d'une façon ou d'une autre, ce qui est dans ce journal, espèce d'enfoiré. Et je te le dis : tu me dégoutes ! Tu nous manques tellement, je ne comprends pas ton geste ! Qu'est-ce qui te faisait croire que mourir te ferais retrouver Bill ? Merde quoi ! Bien sur, je savais que tu voulais mourir, retrouver ton frère, mais c'est ce que disent tous les gens qui souffrent non ? Je t'en veux, d'avoir abandonné la vie si lâchement, et d'avoir laissé tellement de monde derrière toi. Est-ce que tu as conscience que je pleure comme un bébé à cause d'un putain d'imbécile tellement amoureux qu'il a décidé de se la jouer à la Roméo et Juliette ! Est-ce que tu es conscient que Georg passe ses journées à pleurer ? IL A COUPE SES CHEVEUX EN SIGNE DE DEUIL ! Lui qui les aimait tellement, qui en prenait un tel soin, il les a coupé avec une putain de paire de ciseaux, et en plus, il a fait ça comme un dégueulasse ! Il a 3 millimètres de cheveux sur le crane, il ressemble plus à rien ! Et ses yeux tout le temps rouges arrangent rien ! Il ressemble à un zombi ! Il traine dans la maison comme un alcoolique, il se lave à peine, mange une fois tous les quatre jours, et pique des colères impressionnantes !
Je t'imagine d'ici en train de râler parce que c'est pas ta faute. Comment est-ce que je pourrais ne pas t'en vouloir ? Ton geste nous a détruits, a détruit Georg, m'a détruit. Tu as agis avec un égoïsme impressionnant ! Tu me donnes envie de vomir ! J'ai réellement cette envie à chaque fois que je pense à toi.
Je crois que je vais m'arrêter ici. Ca vaut mieux il me semble. Tu sais quoi ? Demain on doit voir pour ton testament. J'espère que tu ne m'as rien légué. Je l'espère vraiment.
Oh bon sang Tom Kaulitz, comme je te hais ! Et tu me manques tellement pourtant ...
Gustav S.

14 Juillet 2009,

___Nous sommes à Paris, et à l'heure où j'écris nous sommes dans le taxi, Georg et moi. Nous avons pensé que faire un tour dans les villes que nous avons préférées, que vous avez aimées, peut-être une bonne chose, un pèlerinage en quelque sorte. N'allez pas croire que je ne vous hais plus, que je vous ai pardonné. Disons que la douleur commence à prendre le dessus, mais je ne peux pas le montrer à Georg. Il souffre déjà tellement, je n'avais jamais vu quelqu'un tomber aussi bas. Et par là, je ne dis pas qu'il boit, ou qu'il se drogue. Non, il n'est pas vous. Certainement pas. Il est fort, mais même les plus forts souffrent parfois. Ca me déchire tellement le c½ur de le voir pleurer, prostré sur son canapé, serrer entre ses doigts les photos de vous, qu'il considérait comme ses petits frères, sans doutes les personnes avec moi qu'il aimait le plus au monde. Vous savez quoi ? Il est doublement orphelin, vous étiez sa famille, il est plus seul que jamais. Oui, je suis là, mais avec qui il riait ? Avec qui il faisait l'imbécile ? Avec vous, petits morveux trop amoureux pour réfléchir ! J'ai toujours trouvé l'amour beau, rêvé de romantisme, j'me suis toujours dit que je le jour où je rêverai de quelqu'un d'une certaine façon, ce serait un signe. J'ai toujours pensé que cette personne me ferait rougir plus que vos blagues salaces, et que je serai prêt à traverser les océans pour elle. Quand je vois ce que vous avez été prêts à faire, je me sens minable, complètement dérisoire. Est-ce que c'est ça l'amour ? Mourir pour quelqu'un, laisser tout derrière soi ? Je ne crois pas. Et même si la lumière commence à se faire en moi, je vous en veux tellement, tellement. J'ai une part de haine en moi, entièrement retournée contre vous, et ce pour encore un peu de temps.

J'ai tellement peur, je sais même pas vraiment de quoi. Que Georg m'abandonne ? Que je me retrouve encore plus seul, dans mon monde, moi le timide et disgracieux Gustav, que personne ne voit ?! Enfin, ce n'est pas tout à fait vrai. Oh que oui on me voit maintenant ! Parce que vous êtes morts les mecs ! On me demande des choses horribles, d'imiter vos signatures, et tout un tas de choses idiotes ! Je ... je vais craquer les mecs, je vous aime vous savez ? Tellement, j'ai besoin de vous. I Miss You ! So much !

Être à Paris me fait tellement étrange. Je revois tous ces lieux devant lesquels vous vous extasiez. Oh bon sang ... Ce mot est horrible ... Enfin, il me ramène à l'horrible vérité. Crise cardiaque. Overdose. Vous êtes morts, et j'ai un mal fou à écrire ces mots. Vous savez, quand je me lève le matin, que je vois que vous êtes absents, j'ai un vieux reflexe de gamin de quatre ans. Je me dis que vous êtes partis en course, que vous avez eu envie de faire du shopping en amoureux. Enfin bref, je me ferme les yeux. C'est ... minable.

On est passé sous la tour Eiffel. Et putain, j'ai les larmes aux yeux. Mes mains tremblent, et j'ai du mal à écrire. Pourquoi, plus d'un mois après ... vous me faites toujours aussi mal ?

On va passer à une émission de radio aujourd'hui. La seule radio qui nous ais jamais respectés. NRJ. Je sais pas de quoi on va parler, sans doute de vous ... Ca me stresse, quelque chose de bien ...

On verra bien ce que ça va donner. J'ai peur d'être déçu. De tout façon j'ai peur de tout en ce moment. Peur du noir, peur de la solitude, peur de la foule, peur des espaces trop étroits. Peur des objets pointus. Peur de tout. Est-ce que je suis pitoyable ? Je sais pas si je vais écrire ici dès ce soir. Ecrire ici, c'est une extrémité. Quand je vais très mal. Quand je suis trop en colère contre vous, bande de petits cons prétentieux.
Gustav S.

20 Janvier 2010.
___Je crois que c'est la dernière fois que j'écris ici. Bon sang, plus de six mois que j'ai pas ouvert ce foutu cahier. Je l'avais planqué au fond de ma valise, et j'avais fait semblant de l'oublier. Mais oublier ce journal, ç'aurait été vous oublier. Et j'en suis incapable, oh mon dieu ! Je relis tout ce que j'ai pu écrire sur vous. Toutes ces paroles que je vous ai adressées, ces paroles lâches. Je m'en veux tellement, parce que maintenant, je comprend. Moi qui croyais être intelligent, ouvert aux autres, doté d'une grande compréhension, c'est finalement Georg qui s'est révélé le plus loquace de nous deux !

En parlant de Georg, il est en cet instant en train de se lisser les cheveux. Il a dut apprendre à le faire, et les premiers temps, il ne ressemblait vraiment à rien, c'était relativement comique. Très drôle même. Le premier fou rire que nous avons eu après votre mort, les mecs, a été du à ça. Il avait commencé à se lisser les cheveux alors qu'ils étaient encore mouillés, après presque trois mois de négligence effrontée de ses petits amours, comme il les appelle. Du coup, ça sentait le cochon grillé à l'autre bout de l'appartement, et il avait un dégradé forcé, si je puis dire. Quand j'ai vu ça, j'ai pas pu m'empêcher de rire. C'était tellement bon, une réelle délivrance. Ca nous a fait un bien fou, à lui comme à moi je crois. On s'est retrouvés allongés sur le tapis de la salle de bain, avec cette odeur épouvantable, à se tenir le ventre tellement il nous faisait mal. Et on a pas bougé pendant des minutes, des heures peut-être. On s'est endormis. Et quand on s'est réveillés, on est tombé dans les bras l'un de l'autre. En chialant, comme des gamins, limite on gueulait. Tu te souviens, Tom, quand on parlait de ces gamins qui se roulaient dans les magasins pour avoir quelque chose ? Nous c'était la même chose ... et c'est vous qu'on voulait. On vous voulait comme jamais, on ne voulait que vous. Après ça, on s'est douchés, tout habillés, ensembles. Et on l'a souvent fait ensuite. Quand l'un de nous allait mal, quand on avait trop mal pour parler, et que seule la fraîcheur de l'eau pouvait nous calmer. Oh oui, on en a passé des heures sous l'eau, l'un contre l'autre. Et aujourd'hui, alors qu'on commence à se remettre, je me dis que jamais nous n'avions été aussi proches. Georg et moi, on est la bouée de secours de l'autre. On en a conscience : lui et moi c'est à la vie à la mort maintenant. Enfin, ça l'était déjà avant, mais plus encore aujourd'hui. On est plus inséparables que jamais, plus complémentaires que jamais.

Tu sais quoi Bill ? Georg est devenu très adroit dans l'art de se lisser les cheveux. Des fois, je le regarde faire. Il est un peu ridicule, la tête en bas, le lisseur dans une main, l'autre guidant les mèches de cheveux bouclés entre les plaques brûlantes. Et inévitablement, je te vois, lui lisser patiemment les cheveux, et l'embrasser doucement la joue après cela.

Un cd commémoratif a faillit sortir, il y a de ça environ un mois, pour noël en fait. Et nous avons refusé. Nous nous sommes battus, vaillamment, parce que nous savions que si tu as refusé la même chose quand Bill est décédé, Tom, tu le refuserais pour toi aussi. A la place, un concert sur écran géant a été organisé au même moment dans plusieurs villes d'Europe. Paris. Marseille. Madrid. Lisbonne. Milan. Vienne. Genève. Orange. Bruxelles. Cologne. Londres. Le concert du Parc des Princes a été rediffusé, devant des milliers de fans. Et je crois, je suis sûr même, que je suis fier d'une chose : peut de fans on pleuré. Elles ont surtout chanté en c½ur. Ca me fait mal de dire cela, certes, mais c'était le plus beau concert du groupe. Je suis tellement fier de cet instant, de ces mains levées, qui tapaient en rythme. Et je me souviens des frissons que j'ai ressentit quand l'horloge a annoncé les douze coups de minuit. Et mes larmes, et celles de Georg, alors que nous quittions cette année 2009 maudite, pour rentrer en 2010.

On dit que c'est en mourant que les gens deviennent des héros. Je ne sais pas si vous en êtes, des héros, je ne crois pas. Bien sur, on vous admire dans l'Europe entière, on admire votre amour « fraternel », on admire le talent dont vous faisiez preuve, on admire votre persistance et votre courage, votre volonté de vaincre alors que tellement de gens vous critiquaient. Oui, on vous admire, on vous aime. Mais qu'en est-il réellement ? Je me pose souvent la question. Est-ce que les fans, dont les chambres étaient entièrement tapissées de vous, ont-elles décidé d'aduler d'autres groupes ? Est-ce qu'elles parleront de vous à leurs enfants, leurs petits enfants ? Ou sont-elles simplement tristes, nostalgiques du bon vieux temps ? Gardent-elles cette tendresse pour vous, cette tendresse qui dans ses extrêmes frôlait l'hystérie ? Je ne sais pas, et je crois que je n'ai pas envie de savoir. C'est vrai quoi : ce serait tellement décevant, de me rendre compte de ce qu'elles sont. Elles ne font plus partie de notre vie, à Géo et moi. Elles ne sont qu'une couche de brouillard matinale qui s'évapore à mesure que le soleil accélère sa course dans le ciel. Oui, c'est cela. Ces années de groupe, de succès, sont le matin de notre vie. Et quand le brouillard se dissipe, il est temps de renoncer aux illusions que l'ont peut avoir.

Si le nouvel an c'est s'est bien passé, parce que nous avions réellement communié avec notre passé, nous avons en quelque sorte tiré une croix sur ce qui a été et ce qui ne sera plus jamais, Noël n'a pas été de tout repos, bien au contraire. Bien sur, Georg et moi ne nous sommes pas quittés d'une semelle de toute cette période. Certains journaux ont remarqué cela, et y vont de leur imagination certes fertile mais complètement ridicule, proposant des théories si peu réalistes, qu'elles me font inévitablement rire. Un peu jaune, je le reconnais. Je crois qu'un lien s'est formé entre lui et moi. Je parlais tout à l'heure de lien à la vie à la mort. Je crois en réalité qu'il y a une sorte de gémellité entre nous. C'est vraiment étrange d'ailleurs. On est toujours ensemble, et la distance nous fait mal. Quand l'un a mal, l'autre le sent. Et vice versa. D'après ma mère, c'est parce que nous avons peur de perdre l'autre, de perdre quelqu'un, une nouvelle fois. Parce que perdre Georg serait fatale pour moi. Bref.

Nous avons donc passé un Noël douloureux. Votre mère nous a littéralement suppliée de venir le passer chez vous. D'après ce que nous avons pu comprendre, elle n'en avait même pas parlé à Gordon ... Bon sang, j'avais pensé que jamais plus je ne pourrais pleurer autant après votre mort. Mais là, c'était épouvantable. Elle est dans un état catastrophique. Un coup elle parle de vous avec tendresse, desespoir, avec tout l'amour d'une mère pour ses enfants, et la minute d'après, elle vous deteste pour votre amour, elle deteste que vous soyez mort. Elle n'a pas comprit ce que moi j'ai compris, ce que Georg a comprit. Et je crois bien que jamais elle ne le comprendra. C'est triste, mais c'est comme ça.

Nous avons donc eut droit à tous les albums photos ou vous figurez. Et croyez moi, 20 ans de photos, c'est long à regarder. Il y avait de tout : vous sur le pot, vous à la naissance, vous avec vos premières copines, ce qui soit dit en passant m'a bien fait rire, puisque vous aviez une copine pour deux, vous à l'école, vous en shooting photo pour le groupe, vous vous vous et encore vous. Et des anecdotes par ci, des anecdotes par là ... Je crois que nous avons vidé le ballon d'eau chaude de la maison cette semaine là, et plus d'une fois.

Nous sommes finalement partis le plus rapidement possible, sitôt les cadeaux ouverts. Une bise, les valises dans le coffre, et en route pour la maison.

J'avoue que je suis un peu à cours de choses à raconter. Oui, je sais, vous devez vous dire : quoi ? Déjà ? Et bien oui, déjà. J'ai eu des propositions pour intégrer un groupe, Georg aussi, mais nous avons refusé. Nous avons parlé rapidement d'ouvrir une école de musique – guitare, batterie, piano, basse, chant – dans laquelle les adolescents à problème ou laissés à la rue seraient prioritaires. La musique pour le salut. C'est notre phrase, et elle nous a toujours permit de vivre l'instant présent. Nous avons fait plusieurs demandes, quelques démarches. Et pour le moment, nous avons été recalés, parce qu'il nous faudrait contacter les services sociaux, les juges aux affaires familiales, les lycées, les collèges éventuellement. Trouver des professeurs de talent, qui aient autre chose à proposer que des cours de musique fades et ennuyeux. Oui, c'est un projet qui nous tiendrait réellement à c½ur. Et cette école vous serait dédiée. Je sais à quel point tu as appris la musique en dehors des normes, Tom, et nous voulons montrer que ce qui compte, c'est la musique, la vie qu'elle nous donne, son don de communication, et surtout, la passion qu'elle nous insuffle. Je sais aussi à quel point tu as été critiqué, parce que tu n'avais pas suivit des cours, comme traditionnellement. Mais à aucun moment nous n'avons été un groupe traditionnel. Nous ne sommes pas des gens traditionnels, nous voulons le progrès, et ce progrès là ne pourrait mener qu'à quelque chose de positif.

C'est notre seul vrai projet. Evidemment, il signifierait une boite de production privée, rattachée à l'école, mais pourquoi pas ? Tout le staff du groupe est prêt à nous suivre, ou du moins la plupart. Jenny elle, notre chère maquilleuse, a quitté l'équipe dès que possible. Elle ne s'intéressait qu'à toi, Bill, de toute façon. J'aurai bien aimé pouvoir lui dire la nature de tes relations avec Tom tiens ...

Au final, si la tristesse est là, si la mélancolie des deux anges que vous étiez et que vous êtes à présent plus que jamais ne nous quittera jamais, la vie continue. Nous avons un projet, que nous mènerons à bout, et que nous réussirons. Nous le ferons pour vous, et pour nous aussi.

Nous ne cessons pas de vivre l'instant, comme vous l'avez toujours fait, avec une telle sincérité, entièrement, presque avec innocence. Je ne sais pas ce que la vie nous réserve, mais une chose est sûre : je compte bien la baiser un maximum avant qu'elle ne décide de me baiser.

Vous savez quoi les mecs ? Je ne réécrirai plus dans ce journal. Mais qu'importe. Je ne vous oublierai pas pour autant. Je vous aime, à la vie à la mort. La vie vous a quitté, alors vous vivrez à travers Georg et moi. Non, bien sur, nos vies restent nos vie, mais une part de vous reste en nous. Et jamais elle ne nous quittera. Du moins je l'espère. Tellement.

Il n'y a pas de fin tant que le mot « fin » n'est pas inscrit.


Fin.


Gustav S.

# Posté le vendredi 13 juin 2008 05:17

Modifié le mercredi 26 août 2009 08:23

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