7 Juin 2009, encore 3 jours.
___J'en reviens pas. Et j'ai de plus en plus peur. C'est humain non ? Quel imbécile serait capable de croire que je vais me jeter la tête la première dans la mort, alors que j'aurai pu vivre tellement d'années de plus ? J'ai peur de ce que je vais laisser derrière moi, de tout ce que j'aurai voulu accomplir avant de rendre mon dernier souffle. Ca m'effraie, de savoir que jamais ma mère ne connaitra la véritable raison de ma mort. Gustav, Georg et Andy seront les seuls. Je sais, c'est égoïste, contraire à toute logique. Mais qui a dit que je suis logique ? Que l'amour obéit à de quelconques règles de raison ? J'ai peur, parce que je sais que je ferai souffrir des gens, mais je sais aussi que personne ne souffrira comme j'ai souffert à la mort de Bill.
Et si je me trompais justement à ce sujet ? Et si quelqu'un ressentait le besoin de mourir à ma mort ? J'espère sincèrement que non. Je le fais, parce que c'est le seul moyen de purger le monde de ma souffrance, parce que je n'ai pas la force de faire autrement. J'ai toujours été contre le suicide moi. Les gens qui se scarifiaient, je ne les comprenais pas. Ceux qui se suicidaient, je les méprisais. Faibles. Qui ne méritaient pas le cadeau qu'est la vie. Je ne comprenais pas leur comportement, comment ils pouvaient se faire mal au point de se donner la mort, d'abandonner tellement de personnes derrière eux. Pour moi, la vie a toujours été quelque chose de tellement sacrée, la part de tarte que tu savoures jusqu'à la dernière miette, en prenant le risque que les cerises n'aient pas été dénoyautées.
Et me voilà aujourd'hui, assis sur mon lit, ma guitare près de moi, à parler de ma mort future. Je me rends compte combien mourir demande de la réflexion. C'est comme organiser des vacances, trouver le lieu, l'agence de voyages, les activités, la saison, les personnes qu'on emmène avec nous, les tarifs. Pour mourir, il y a tout un tas de choix à faire. La façon, le jour, le moment de la journée, le lieu, ce que l'on va léguer. Parce que non, je ne suis pas stupide, je compte bien léguer mes biens. Et ce sera fait dans les règles de l'art. Mais peu importe pour le moment.
Est-ce que je dois me détester ? Me mépriser ? Alors que finalement, je ne veux que vivre dans la mort ce que je n'ai pas trouvé dans la vie. Qui pourrait me reprocher ceci ? J'abandonne des gens ? Certes ! Mais eux ont disparus de ma vie quand mon frère est mort. Ils ont cessé de demander des nouvelles, parce que la famille Kaulitz, et le groupe Tokio Hotel, sont devenus une bande de parasites, sans intérêt, et surtout, puant la drogue et l'alcool à plein nez. On puait l'argent, par un moment, mais ça n'a jamais éloigné qui que ce soit. Au contraire.
Je vais me suicider, comme le fait le commun des mortels. Dont je fais parti. Je vais rejoindre mon frère, vivre un amour interdit. Ou pas. Le doute reste total. Je ne parle pas de religion, je suis athée, pour moi la religion n'est qu'une perte de temps indescriptible, un moyen de délester les honnêtes citoyens de leurs bourses. Et de leur libre arbitre. J'ai seulement peur que mon geste ne serve à rien.
Je fais des rêves réellement étranges dernièrement. Tout comme je remarque que ma façon d'écrire dans ce journal change beaucoup. C'est plus ... réfléchi. Moins fougueux. Je connais mieux ma douleur. C'est presque devenu un animal de compagnie à présent. Un serpent qui se serait enroulé autour de mon putain de poignet de shooté, et qui m'a en son pouvoir. Qui me susurre des paroles devenues presque réconfortantes, des paroles qui me laissent l'illusion que non, je n'oublie pas peu à peu l'odeur de mon amour, que non, les traits de son visage et sa voix après l'amour ne sont pas de plus en plus flous dans mon esprit. Ce serpent porte une part de Bill en lui, ou peut-être est-il Bill, je n'en sais rien. Son venin m'est devenu indispensable, et finalement arrêter de me droguer serait une bénédiction à côté du manque que je ressens pour Bill.
Je rêve de son corps. Toutes les nuits, ou presque. Des fois j'oublie, je me réveille juste en sueur, mais vu l'état de mon corps, je sais que je ne peux que avoir rêvé de lui. Et des fois, j'ai oublié tout lorsque je me réveille. Ce sont ces matins-ci les plus douloureux, les plus durs à vivre. Je pleure, à m'en dessécher le corps, et plus d'une fois mes hurlements ont réveillé Georg. Je ne compte plus les matins ou Gus est venu me voir, dans ma chambre. Pendant quelques mois après la mort de mon ange, personne ne pouvait entrer dans ce sanctuaire à son effigie. J'avais placardé des photos partout, fait créé des bâtons d'encens parfumés à son parfum, et j'avais sortis tous ses vêtements. Mais Gustav est le premier à avoir su percer les remparts de ma prison dorée. Et il a eut les bons mots. Tout ce qui brille n'est pas d'or. Le contraire est vrai aussi. Gustav, il ne brille pas. En tout cas, je sais que par rapport à Bill et moi, quand tout allait bien, il était en retrait souvent. Pas qu'il s'en soit jamais plaint, non, mais disons que celui qui méritait réellement de briller, c'était lui. Ce mec est incroyablement pur, tellement gentil, si profondément prêt à tout donner pour ceux qu'il aime. Il ne brille pas, mais dans l'obscurité de la vie on ne voit que lui.
Ces matins là, il vient donc, et me prend dans ses bras. Des fois, il m'embrasse chastement sur les lèvres. Ca n'a rien de choquant pour moi, Bill souriait de nous voir comme ça. C'est un truc entre Gus et moi. Il m'embrassait quand j'allais mal, je l'embrassais à mon tour quand son regard se faisait trop triste, trop brillant pour n'être pas dû à des larmes ne demandant qu'à déborder. Il me prend dans ses bras, et moi je m'effondre en hurlant ma douleur, et je suis trop minable pour être net. C'est qu'ils sont rares les soirs ou je m'endors avec le sang pur de toute drogue. Ou d'alcool. Et ca me fait tout à coup un bien fou. Je ferme les yeux, et c'est presque comme si c'était Bill qui me serrait contre lui. Je sais que c'est un peu malsain, trop peut-être, mais je connais Gus, et il n'y a aucune arrière pensée ni dans ses actes ni dans les miens. C'est juste une grande amitié. Et il sait que j'ai besoin de ses bras de temps en temps pour me sentir bien.
Je suis dépendant de bien trop de choses je crois. Je l'étais de Bill. Est-ce que si je n'avais pas été aussi dépendant je serais dans cet état ? Est-ce que si on n'avait pas été jumeaux on serait tombés amoureux ? Je n'sais pas. J'ai pas envie de savoir.
Aujourd'hui, j'ai prévu d'écrire mon testament. Enfin de le finir. Je l'ai commencé il y a quelques temps. Je ne vais pas parler de ça ici, pas donner de détails, parce que c'est douloureux. Décider de ce que je vais donner aux gens après ma mort est quelque chose de délicat. Savoir ce que je vais faire de mes guitares, mes précieuses, mes douces, me déchire le c½ur. A qui vais-je confier ma quantité de vêtements, mes cd, tout ce que personne sauf Bill n'a jamais vu ? Mais ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus.
Quand mon Bill est mort, j'ai hérité de toutes ses affaires. C'était mon droit le plus légitime, et jamais je n'aurai accepté de toute façon que nos parents y touchent. Maintenant, que vont devenir ces objets ? Que va-t-il se passer ? Vendus en enchère ? Exposés par des musés ?
J'ai de plus en plus de mal à écrire. Gustav et Georg sont sans doute dans le salon en train de regarder je ne sais quelle série débile. Peu m'importe. Ils ne rient pas, chose qu'ils faisaient bien plus souvent, avant. Dans trois jours, je serai mort. Dans trois jours, ce mot ne me séparera plus de Bill, ne me séparera plus de ma vie.
Il y a quelque chose d'étrange ici. Mes yeux sont encore collant de sommeil, mais je me sens déjà mal à l'aise. J'essaie de bouger, mais le bras de Bill est lourd sur mon corps. Bill ! Le soucis vient de lui ! Je le pousse un peu plus brutalement, et c'est tellement bizarre ... Bill ? BILL !
Je le sens plus dans le lien ! Je le secoue, de toutes mes forces, mais il est tellement lourd, tellement plus lourd qu'il ne devrait l'être. Il est mou. Il ne bouge pas, ne réagit pas ! Bill ! Bill ! Mon amour !
Je hurle ridiculement ma douleur, et le vide qui se fait en moi. Il est là, tellement beau, tellement pâle aussi, dans ces draps froissés de nos ébats de la veille.
J'ai mal à la gorge, mais j'm'en fous ! Je comprend pas ce qui se passe. Gustav et Georg viennent tout juste d'entrer dans la chambre, sans doute allertés par les cris, par mes cris, mes hurlements. Les larmes coulent sur mon visage, je n'arrive pas à les arrêter.
Allez, Tom, réveille toi, tout ça n'est qu'un cauchemar, un simple petit cauchemar ! POURQUOI EST-CE QUE JE NE ME REVEILLE PAS ?! Merde !
Gustav me tire en arrière, et lui aussi pleure, je comprend de moins en moins. Mon frère dort, il n'en a donc pas le droit ? J'entend Georg prendre le téléphone, et appeler les pompiers.
Non, non non, Bill n'a pas besoin des pompiers ! Bill ! Réveille-toi ! Dis-moi que tout va bien ! Embrasse-moi ! Dis-moi que je suis ridicule de pleurer ainsi, mais s'il te plait ... NE LEUR DONNE PAS RAISON !
Gustav me chuchote des trucs sans fin, sans interêt à l'oreille, et me pousse vers le salon. Mais pourquoi ? JE veux rester avec Bill, je veux le prendre dans mes bras, le réchauffer. Oui, il a seulement besoin d'être réchauffé.
« - Laisse-le Gus, dit Georg d'une voix lassée. »
Je le remercie même pas, c'est inutile, et je saute sur le lit, prend Bill dans mes bras. Il est nu, encore. Moi aussi d'ailleurs. Je me lève, et enfile une caleçon. J'en prend un deuxième, et doucement, aussi lentement et tendrement que je le peux, je l'enfile à mon frère. Je peux pas le laisser comme ça, comment va-t-il réagir quand il se reveillera ?
« - Il ne se réveillera pas, Tom, dit Gustav dans un sanglot. »
Arrêtez ! Stoppez ça tout de suite ! Mon frère ne peut pas ... non, c'est impossible, ridicule, totalement inconcevable !
J'entend vaguement la sonnette, et les pompiers entrent en courant dans l'appartement. Ils se précipitent sur Bill, et une vague de conscience m'assaille.
Heure du décès : 5h14.
Mon frère ne se réveillera pas. Jamais. Bill ... Je t'aime.
Nom de la victime : Bill Kaulitz.
NE ME LAISSE PAS ! JE T'AIME !
Je ne sais pas depuis quand c'est arrivé. Une heure, une semaine. Un mois, un an. Gustav vient de venir me voir, on part bientôt pour ... l'enterrement. Les larmes remontent une fois de plus, et je cache ma tête sous le traversin. J'ai besoin de son odeur. J'inspire, profondément. Mes mains touchent quelque chose. Un sachet.
Je sais d'avance de quoi il s'agit. Drogue. Dans un geste un peu trop naturel, je l'ouvre, et prépare un rail. Je sniffe, et me sens presque mieux, instantanément.
Je vais enterrer mon frère dans quelques heures. Et je l'aime. Tellement. Un jour, je mourrais. Et je mourrais heureux de rejoindre celui que j'aime plus que la vie elle-même. Ce jour est proche.
___J'en reviens pas. Et j'ai de plus en plus peur. C'est humain non ? Quel imbécile serait capable de croire que je vais me jeter la tête la première dans la mort, alors que j'aurai pu vivre tellement d'années de plus ? J'ai peur de ce que je vais laisser derrière moi, de tout ce que j'aurai voulu accomplir avant de rendre mon dernier souffle. Ca m'effraie, de savoir que jamais ma mère ne connaitra la véritable raison de ma mort. Gustav, Georg et Andy seront les seuls. Je sais, c'est égoïste, contraire à toute logique. Mais qui a dit que je suis logique ? Que l'amour obéit à de quelconques règles de raison ? J'ai peur, parce que je sais que je ferai souffrir des gens, mais je sais aussi que personne ne souffrira comme j'ai souffert à la mort de Bill.
Et si je me trompais justement à ce sujet ? Et si quelqu'un ressentait le besoin de mourir à ma mort ? J'espère sincèrement que non. Je le fais, parce que c'est le seul moyen de purger le monde de ma souffrance, parce que je n'ai pas la force de faire autrement. J'ai toujours été contre le suicide moi. Les gens qui se scarifiaient, je ne les comprenais pas. Ceux qui se suicidaient, je les méprisais. Faibles. Qui ne méritaient pas le cadeau qu'est la vie. Je ne comprenais pas leur comportement, comment ils pouvaient se faire mal au point de se donner la mort, d'abandonner tellement de personnes derrière eux. Pour moi, la vie a toujours été quelque chose de tellement sacrée, la part de tarte que tu savoures jusqu'à la dernière miette, en prenant le risque que les cerises n'aient pas été dénoyautées.
Et me voilà aujourd'hui, assis sur mon lit, ma guitare près de moi, à parler de ma mort future. Je me rends compte combien mourir demande de la réflexion. C'est comme organiser des vacances, trouver le lieu, l'agence de voyages, les activités, la saison, les personnes qu'on emmène avec nous, les tarifs. Pour mourir, il y a tout un tas de choix à faire. La façon, le jour, le moment de la journée, le lieu, ce que l'on va léguer. Parce que non, je ne suis pas stupide, je compte bien léguer mes biens. Et ce sera fait dans les règles de l'art. Mais peu importe pour le moment.
Est-ce que je dois me détester ? Me mépriser ? Alors que finalement, je ne veux que vivre dans la mort ce que je n'ai pas trouvé dans la vie. Qui pourrait me reprocher ceci ? J'abandonne des gens ? Certes ! Mais eux ont disparus de ma vie quand mon frère est mort. Ils ont cessé de demander des nouvelles, parce que la famille Kaulitz, et le groupe Tokio Hotel, sont devenus une bande de parasites, sans intérêt, et surtout, puant la drogue et l'alcool à plein nez. On puait l'argent, par un moment, mais ça n'a jamais éloigné qui que ce soit. Au contraire.
Je vais me suicider, comme le fait le commun des mortels. Dont je fais parti. Je vais rejoindre mon frère, vivre un amour interdit. Ou pas. Le doute reste total. Je ne parle pas de religion, je suis athée, pour moi la religion n'est qu'une perte de temps indescriptible, un moyen de délester les honnêtes citoyens de leurs bourses. Et de leur libre arbitre. J'ai seulement peur que mon geste ne serve à rien.
Je fais des rêves réellement étranges dernièrement. Tout comme je remarque que ma façon d'écrire dans ce journal change beaucoup. C'est plus ... réfléchi. Moins fougueux. Je connais mieux ma douleur. C'est presque devenu un animal de compagnie à présent. Un serpent qui se serait enroulé autour de mon putain de poignet de shooté, et qui m'a en son pouvoir. Qui me susurre des paroles devenues presque réconfortantes, des paroles qui me laissent l'illusion que non, je n'oublie pas peu à peu l'odeur de mon amour, que non, les traits de son visage et sa voix après l'amour ne sont pas de plus en plus flous dans mon esprit. Ce serpent porte une part de Bill en lui, ou peut-être est-il Bill, je n'en sais rien. Son venin m'est devenu indispensable, et finalement arrêter de me droguer serait une bénédiction à côté du manque que je ressens pour Bill.
Je rêve de son corps. Toutes les nuits, ou presque. Des fois j'oublie, je me réveille juste en sueur, mais vu l'état de mon corps, je sais que je ne peux que avoir rêvé de lui. Et des fois, j'ai oublié tout lorsque je me réveille. Ce sont ces matins-ci les plus douloureux, les plus durs à vivre. Je pleure, à m'en dessécher le corps, et plus d'une fois mes hurlements ont réveillé Georg. Je ne compte plus les matins ou Gus est venu me voir, dans ma chambre. Pendant quelques mois après la mort de mon ange, personne ne pouvait entrer dans ce sanctuaire à son effigie. J'avais placardé des photos partout, fait créé des bâtons d'encens parfumés à son parfum, et j'avais sortis tous ses vêtements. Mais Gustav est le premier à avoir su percer les remparts de ma prison dorée. Et il a eut les bons mots. Tout ce qui brille n'est pas d'or. Le contraire est vrai aussi. Gustav, il ne brille pas. En tout cas, je sais que par rapport à Bill et moi, quand tout allait bien, il était en retrait souvent. Pas qu'il s'en soit jamais plaint, non, mais disons que celui qui méritait réellement de briller, c'était lui. Ce mec est incroyablement pur, tellement gentil, si profondément prêt à tout donner pour ceux qu'il aime. Il ne brille pas, mais dans l'obscurité de la vie on ne voit que lui.
Ces matins là, il vient donc, et me prend dans ses bras. Des fois, il m'embrasse chastement sur les lèvres. Ca n'a rien de choquant pour moi, Bill souriait de nous voir comme ça. C'est un truc entre Gus et moi. Il m'embrassait quand j'allais mal, je l'embrassais à mon tour quand son regard se faisait trop triste, trop brillant pour n'être pas dû à des larmes ne demandant qu'à déborder. Il me prend dans ses bras, et moi je m'effondre en hurlant ma douleur, et je suis trop minable pour être net. C'est qu'ils sont rares les soirs ou je m'endors avec le sang pur de toute drogue. Ou d'alcool. Et ca me fait tout à coup un bien fou. Je ferme les yeux, et c'est presque comme si c'était Bill qui me serrait contre lui. Je sais que c'est un peu malsain, trop peut-être, mais je connais Gus, et il n'y a aucune arrière pensée ni dans ses actes ni dans les miens. C'est juste une grande amitié. Et il sait que j'ai besoin de ses bras de temps en temps pour me sentir bien.
Je suis dépendant de bien trop de choses je crois. Je l'étais de Bill. Est-ce que si je n'avais pas été aussi dépendant je serais dans cet état ? Est-ce que si on n'avait pas été jumeaux on serait tombés amoureux ? Je n'sais pas. J'ai pas envie de savoir.
Aujourd'hui, j'ai prévu d'écrire mon testament. Enfin de le finir. Je l'ai commencé il y a quelques temps. Je ne vais pas parler de ça ici, pas donner de détails, parce que c'est douloureux. Décider de ce que je vais donner aux gens après ma mort est quelque chose de délicat. Savoir ce que je vais faire de mes guitares, mes précieuses, mes douces, me déchire le c½ur. A qui vais-je confier ma quantité de vêtements, mes cd, tout ce que personne sauf Bill n'a jamais vu ? Mais ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus.
Quand mon Bill est mort, j'ai hérité de toutes ses affaires. C'était mon droit le plus légitime, et jamais je n'aurai accepté de toute façon que nos parents y touchent. Maintenant, que vont devenir ces objets ? Que va-t-il se passer ? Vendus en enchère ? Exposés par des musés ?
J'ai de plus en plus de mal à écrire. Gustav et Georg sont sans doute dans le salon en train de regarder je ne sais quelle série débile. Peu m'importe. Ils ne rient pas, chose qu'ils faisaient bien plus souvent, avant. Dans trois jours, je serai mort. Dans trois jours, ce mot ne me séparera plus de Bill, ne me séparera plus de ma vie.
Il y a quelque chose d'étrange ici. Mes yeux sont encore collant de sommeil, mais je me sens déjà mal à l'aise. J'essaie de bouger, mais le bras de Bill est lourd sur mon corps. Bill ! Le soucis vient de lui ! Je le pousse un peu plus brutalement, et c'est tellement bizarre ... Bill ? BILL !
Je le sens plus dans le lien ! Je le secoue, de toutes mes forces, mais il est tellement lourd, tellement plus lourd qu'il ne devrait l'être. Il est mou. Il ne bouge pas, ne réagit pas ! Bill ! Bill ! Mon amour !
Je hurle ridiculement ma douleur, et le vide qui se fait en moi. Il est là, tellement beau, tellement pâle aussi, dans ces draps froissés de nos ébats de la veille.
J'ai mal à la gorge, mais j'm'en fous ! Je comprend pas ce qui se passe. Gustav et Georg viennent tout juste d'entrer dans la chambre, sans doute allertés par les cris, par mes cris, mes hurlements. Les larmes coulent sur mon visage, je n'arrive pas à les arrêter.
Allez, Tom, réveille toi, tout ça n'est qu'un cauchemar, un simple petit cauchemar ! POURQUOI EST-CE QUE JE NE ME REVEILLE PAS ?! Merde !
Gustav me tire en arrière, et lui aussi pleure, je comprend de moins en moins. Mon frère dort, il n'en a donc pas le droit ? J'entend Georg prendre le téléphone, et appeler les pompiers.
Non, non non, Bill n'a pas besoin des pompiers ! Bill ! Réveille-toi ! Dis-moi que tout va bien ! Embrasse-moi ! Dis-moi que je suis ridicule de pleurer ainsi, mais s'il te plait ... NE LEUR DONNE PAS RAISON !
Gustav me chuchote des trucs sans fin, sans interêt à l'oreille, et me pousse vers le salon. Mais pourquoi ? JE veux rester avec Bill, je veux le prendre dans mes bras, le réchauffer. Oui, il a seulement besoin d'être réchauffé.
« - Laisse-le Gus, dit Georg d'une voix lassée. »
Je le remercie même pas, c'est inutile, et je saute sur le lit, prend Bill dans mes bras. Il est nu, encore. Moi aussi d'ailleurs. Je me lève, et enfile une caleçon. J'en prend un deuxième, et doucement, aussi lentement et tendrement que je le peux, je l'enfile à mon frère. Je peux pas le laisser comme ça, comment va-t-il réagir quand il se reveillera ?
« - Il ne se réveillera pas, Tom, dit Gustav dans un sanglot. »
Arrêtez ! Stoppez ça tout de suite ! Mon frère ne peut pas ... non, c'est impossible, ridicule, totalement inconcevable !
J'entend vaguement la sonnette, et les pompiers entrent en courant dans l'appartement. Ils se précipitent sur Bill, et une vague de conscience m'assaille.
Heure du décès : 5h14.
Mon frère ne se réveillera pas. Jamais. Bill ... Je t'aime.
Nom de la victime : Bill Kaulitz.
NE ME LAISSE PAS ! JE T'AIME !
Je ne sais pas depuis quand c'est arrivé. Une heure, une semaine. Un mois, un an. Gustav vient de venir me voir, on part bientôt pour ... l'enterrement. Les larmes remontent une fois de plus, et je cache ma tête sous le traversin. J'ai besoin de son odeur. J'inspire, profondément. Mes mains touchent quelque chose. Un sachet.
Je sais d'avance de quoi il s'agit. Drogue. Dans un geste un peu trop naturel, je l'ouvre, et prépare un rail. Je sniffe, et me sens presque mieux, instantanément.
Je vais enterrer mon frère dans quelques heures. Et je l'aime. Tellement. Un jour, je mourrais. Et je mourrais heureux de rejoindre celui que j'aime plus que la vie elle-même. Ce jour est proche.