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Le 3 Juin 2009.

3 Juin 2009, dans mon lit.
___En fait, c'est faux. Je suis dans notre lit. Depuis que je me suis réveillé, j'ai l'impression de sentir son odeur. Pas son parfum. Il n'en mettait pas. Sauf quand il avait trop bu, et qu'il essayait comme il le pouvait de cacher l'odeur. Bref. Son parfum. L'odeur de son corps. Ca a ravivé plein de souvenirs en moi. Nos étreintes, ses doutes, nos réveils, les moments d'intimité. Et le matin de sa mort. Je m'en souviens comme si c'était hier. Ou ce matin. Je revis cet instant à chaque fois que je me réveille. Je n'ai pas eu le temps de me tourner vers lui pour savoir qu'il était mort. A travers le lien je l'ai sentit. Comme une évidence. Une évidence dont je me serais bien passé. On était encore enlacés, ses bras autour de mon corps. Dans la même position que celle dans laquelle on s'était endormis. Il m'avait murmuré un « je t'aime » à l'oreille, et je m'étais retourné pour l'embrasser, avant de lui murmurer mon amour. Et de reprendre ma place, son ventre serré contre mon dos. Mais quand je me suis réveillé, j'ai senti que quelque chose clochait. Je ne le sentais plus. C'est comme si une part de moi était morte à cet instant.

Fichues larmes. Je peux pas m'empêcher de pleurer. Encore une fois. Avant, les fois ou je pleurais se comptaient sur les doigts de la main. Maintenant, ce sont les fois où je ne pleure pas qui se compte sur les doigts d'une main. Et encore. Je suis généreux.

Je crois que je lui en veux. C'est affreux, égoïste, méchant, narcissique de ma part, mais je lui en veux de me laisser seul. Oui, Bill, mon amour, mon jumeaux, toi qui m'avait supplié de ne jamais t'abandonner, pourquoi est-ce que tu m'as laissé ? Alors que je n'avais besoin que de toi pour être heureux.

La musique, mes guitares, mes fringues, mes dreads, tout ! J'aurais tout abandonné pour toi, pour que tu restes, que tu continues à me sourire ! J'aurais même tout abandonné pour que tu ne meurs pas, même si cela avait signifié que l'on soit séparés, que tu vives à 3000 km de moi, qu'on ne se voit jamais. Mais j'aurais senti ta vie, le lien ne serait pas mort. Nous ne serions pas morts.

J'en ai marre parfois de ne penser qu'à ça. Sa mort. Sa vie. Sa non-vie. Ce qu'il aurait fallu pour qu'il ne meure pas. Ou pour qu'on meure ensemble.

« - Tom ...
- Oui ? Je murmure, doucement.
- Des fois ... j'ai envie de mourir ... »

Le monde me tombe sur la tête. J'le savais, que des fois, la vie ne lui suffisait plus. Que des fois, il espérait ne pas se réveiller de son sommeil. Mais qu'il me le dise ... ca donne une dimension trop réelle à la chose. Et je deteste tout ce qui est trop réel.

« - Dis pas ça ... s'il te plait, je répond d'un ton suppliant.
- Et pourquoi pas ?
- Parce que moi, sans toi, je ne suis plus rien ! Je suis mort !
- J'aime quand tu me dis ça ... c'est ce qui me donne la force de rester. »

Il m'embrasse. Doucement. Ca fait presque un mois et demi, et nos baisers sont toujours aussi évidents, aussi souvent. Ils restent des baisers, pas forcément chastes, mais des baisers. Je crois que c'est uniquement un moyen d'être plus proches l'un de l'autre. Des fois, je crois que je voudrais ... plus, mais quand je le vois me serrer dans ses bras comme il le faisait avec ses peluches étant enfant, cette envie disparait. Et j'ai honte. Mon dieu, tellement honte !

Sa langue joue doucement avec la mienne, qui voudrait tellement plus. Et ses mains qui se glissent sur mes hanches, sous mon tee-shirt XXL. Fait-il exprès ? Se rend-il compte à quel point j'ai du mal à ne pas lui sauter dessus ? Je ne crois pas. Mais peut importe.
« - Hey les mecs, vous avez pas bientôt fini d'vous pelloter ? »

Georg, tout en élégance. Je t'emmerde Georg. Retourne embrasser tes cageots, si ça te suffit.


...

...

...


Je viens de comparer mon frère à une baise. Je viens de comparer mon frère aux histoires de cul de Hagen ! Non !

Il est bien plus que c'la. Bien plus. Il soupire, lance un regard méchant à Georg, et me tire vers ma chambre. On passe nos journées dans ma chambre. A faire des projets. Cet été, on ira en Espagne. Comme quand on était petits. On se baladera sur la plage, et il m'a même promis qu'il essayera d'arrêter toutes ces merdes avant. Pour qu'on ai de vraies vacances. La plage, le sable chaud. Nous. Lui et moi. J'ai tellement hâte d'y être. Ces projets riment avec renouveau. Un nouveau départ. Enfin. Nous allons avoir une nouvelle vie. J'y crois. Vraiment.

Et puis ce sera l'occasion pour le groupe de recommencer à silloner les routes. Nous refaire un publique, maintenant que nous avons enfin réussi à placer notre opinion entre deux signatures de contrats. Bill a écrit une chanson aujourd'hui. Dur. Vraiment. Fucking Love. Fucking Life. Fucking world. Fucking Celebrity. J'avais les larmes aux yeux.

Bien qu'écrite en allemand, il y avait des expressions comme ça en anglais. Ca rend plus fort. Parce que tout le monde peut les comprendre, j'imagine. J'ai commencé à chercher une mélodie. Et Gus et Georg ont promis de plancher dessus. Notre prochain album sera magnifique. Etonnant. Et peut-être qu'on cessera – enfin ! – de nous considérer comme un vulgaire boys-band.

Le con. Il continue à m'embrasser, et glisse ses mains dans mon dos. C'est bon, j'aime ça. Cette sensation, ce bonheur qui envahit chaque recoin de mon corps, qui coule dans mes veine comme de l'argent liquide. En même temps, je suis un peu mal à l'aise. Est-ce que je profite de sa faiblesse ? Je ne sais pas. Et pour tout dire, j'en ai marre de m'poser des questions. Nan, c'est vrai quoi ! Embrasse moi, Bill, embrasse-moi. Personne d'autre ne mérite de me toucher avec la tendresse que tu as, personne d'autre n'en a le droit.

Il m'embrasse, et à mesure que le baiser devient plus passionné, plus fougueux, une pensée s'insinue en moi : il est ma vie, sa mort sera la mienne.


3 Juin 2009, dans la voiture.
___On a un rendez-vous avec une maison de disque. Pas de nouvel album en vue, non. Enfin pas dans le sens que vous pouvez imaginer. Ce qu'on nous propose, c'est un album posthume. Et je vais refuser. Sans aucun doute. Ces gens se moquent complètement de savoir si mon frère aurait aimé cet album, si il aurait voulu qu'on dévoile ses chansons, inédites, qu'il avait préféré garder pour lui. Ils veulent se faire du fric sur le dos de mon frère, sur le dos de sa mort. Ils veulent que les fans, ces putains de femelles en chaleur, versent quelques larmes en écoutant les chansons de mon frère. Ils veulent même que quelques artistes chantent les chansons qui n'ont jamais été enregistrées. Et c'est hors de question. Gus et Géo sont d'accord avec moi, mais on sait qu'on ne fera pas le poids bien longtemps : entre moi qui suit imbibé d'alcool et de drogue, et les G's qui n'ont aucun droit sur les chansons, n'ayant écris ni les paroles ni la musique, on va bien vite se retrouver à voir sortir un album dont nous ne voulons pas.

PUTAIN ! Je suis en colère, vraiment. Georg et Gustav ont posé chacun une main sur mes cuisses. Je les aime ces mecs là, mais j'ai du mal à supporter qu'on me touche. Mais je supporte. Pour eux. J'ai vu Gus pleurer juste avant qu'on parte. Et Georg l'a serré dans ses bras. Ca fait bizarre de voir deux armoires à glace s'étreindre, et pleurer dans les bras l'un de l'autre. Moi aussi j'aurai besoin d'une étreinte. Sauf que voilà, c'est de son étreinte dont j'ai besoin. Pas d'une autre. Rendez-vous en enfer, mon amour ...

On est dans le salon. Tous ensemble. Et David nous regarde. Il est en colère. Ses yeux n'ont jamais été aussi froids, aussi insensibles. Aussi distants. Je peux voir les dollars dans ses pupilles. Il se moque de voir que Bill ne va pas bien.

« - Il va falloir qu'on parle, les garçons. Sérieusement. »

Bien sur. Parlons, David, parlons. Georg et Gustav se regardent. Nous regardent, Bill et moi. Bill est pelotonné contre moi, et tient une de mes mains. Nos doigts sont enlacés. Non, ce n'est pas une position de frère. C'est une étreinte amoureuse, tendre. Je le protège. Il me donne son amour.

« - Ce que vous avez fait, pendant la réunion avec le président d'Universal, c'est juste honteux ! J'savais même plus où me mettre ! J'avais jamais eu autant honte ! Si j'avais pu j'me s'rais caché sous la table !
- Tu te tais ! S'écris Gustav en se levant. »

Il est impressionnant Gustav. Très impressionnant. Beaucoup le décrivent comme attendrissant, je sais que beaucoup de filles le comparent à un nounours adorable, qu'elles ont envie de serrer contre lui. Mais quand il se met en colère, Gustav est tout sauf adorable. Lui si calme, si passif habituellement, se lève, se dresse de toutes ses forces. Et c'est réellement l'occasion de se rendre compte de sa force. Ses yeux lancent des éclairs, et le rictus qu'il affiche est effrayant.

« - Tu te tais ! Tu n'es personne pour nous dire ce qu'on doit faire ou non ! Tu te tais, et tu arrête de nous prendre pour des putains de cons ! A partir de maint'nant, soit tu fais ce qu'on te dit, soit tu dégages. Définitivement !
- Tu te rends pas compte de ce que tu dis, Gus ...
- Il se rend parfaitement compte, intervient Georg, sans même se lever de sa chaise. Et nous sommes parfaitement d'accord avec lui. »

Bill et moi, on acquiesce. Sans se concerter. Bien sur qu'on est d'accord. Et puis, il faut dire que si on ne nous exploitait pas comme ça, Bill n'aurait jamais plongé dans la drogue ...

Flash-Back.

« - QU'EST-CE QUE C'EST QUE CA, BILL ?
- MAIS DE QUOI TU TE MELES ?
- JE TROUVE DE LA COKE DANS TA CHAMBRE ET TU VOUDRAIS QUE JE REAGISSE PAS ?
- OUI ! PARFAITEMENT ! MELE TOI DE TON PUTAIN DE CUL DE GUITARISTE DE MERDE ! »

Il m'a achevé. Vraiment. Je n'sais pas quoi dire. On est là, tous les deux, échevélés, comme si on venait de se battre. Alors que non. Pas du tout. J'ai trouvé un sachet de coke dans ses affaires. Et c'est trop. Il buvait déjà pas mal, si maintenant il s'met à s'droguer, ça va pas aller. Du tout. Merde ! Je m'assoie au bord de son lit, la tête entre les mains. J'le comprend pas. Et je crois que c'est la première fois que ça m'arrive ...

« - Tom ...
- Quoi ? je répond sèchement.
- J'veux pas qu'tu t'inquiètes. C'est pas grave d'accord ?
- Si, ça l'est. Et je comprend pas pourquoi tu ressens le besoin de te ... droguer !
- J'en ai tellement marre de tout ça ... Si tu savais ... »

Oh, oui, j'le sais, Bill, j'le sais. Et je sais à quel point il s'en veut, j'le sais très bien. La semaine dernière, lors d'une apparition du groupe, une fille s'est faite agresser par d'autres fans. Quand Bill a voulut l'aider, elles lui ont sauté dessus, et l'autre fille à eut un bras cassé et les jambes écrasées. Mon frère a été traumatisé, inutile de le préciser.

Alors c'est pour ça ? La célébrité ? Tout ça ? Mais, Bill, si tu n'es pas fort, j'vais faire comment moi ?


Fin du Flash Back.


David nous observe, le regard mauvais. Il s'arrête sur nos mains, à Bill et moi, et esquisse un sourire mesquin. J'sais pas c'qu'il a en tête, mais ça m'est bien égale : c'qu'on lui a dit revient à un licenciement. J'sais qu'on va avoir du mal à trouver quelqu'un pour le remplacer, mais ca m'est égal, parce qu'une chose est sur maint'nant : lui ne trouvera sans doute plus jamais d'emplois.


3 Juin 2009, de retour du rdv.
___Ca c'est mal passé. Très mal. Le mec, là, l'avocat, à vu les traces de piqure sur mes bras, et les mecs d'la maison de disque ont tout de suite mis fin à la conversation. J'crois que Georg et Gus m'en veulent, mais ils font comme si de rien était. On a décidé de dissoudre le groupe. Enfin, plus de Tokio Hotel. Ca appartient à un autre temps. Une époque pleine d'amour, de promesses. D'espoir. Important, l'espoir. C'est exactement ce qui manquait à Bill. Exactement. Il me manque. J'me lasse pas d'le dire. La vie sans lui n'a aucune saveur, aucun intérêt.

J'vais arrêter d'écrire pour aujourd'hui. Je sais pas si ce journal me fait réellement du bien, mais j'ai l'impression que c'est un moyen de dire à Bill ce que je ressens vraiment. Et si il lisait ce journal, d'une façon ou d'une autre ? Et si c'était réellement un moyen d'entrer en contact avec lui ?

Pff. Ta gueule, Tom. Arrête de dire des conneries, on va finir par croire que tu les penses vraiment ...


# Posté le samedi 12 avril 2008 10:58

Modifié le mercredi 26 août 2009 08:22

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