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Le 2 Juin 2009.


2 Juin 2009, la tête dans le cul.
___Tout compte fait, hier, j'suis pas allé me coucher directement. J'ai bu avant. Et j'suis resté penché au dessus des chiottes pendant au moins un quart d'heure, à rendre tout ce que j'avais dans l'estomac. C'était étrange, j'avais l'impression de sentir une main dans mes cheveux. Sa main. Et j'ai pleuré, comme un immonde gamin, j'ai pleuré comme j'avais rarement pleuré depuis ... qu'il est partit. Il me manque.
J'ai beau me le répéter, qu'il me manque, ça ne changera rien, il ne reviendra pas. Ce n'était pas comme si la mort permettait un quelconque retour.

J'ai encore mal au bide, et j'ai un gout bizarre dans la bouche. Gustav m'a fait une tisane c'matin, mais il me faisait la gueule, encore une fois. J'ai été con, hier soir, mais il devrait être habitué. Je ne suis plus le Tom d'avant, je ne suis plus le mec plein d'entrain que j'étais. Tom n'est plus Tom quand Bill n'est plus.

Mon envie de baiser est passée. Heureusement. Je m'en voulais tellement hier, de cette envie, que je n'avais pas ressenti depuis sa mort. J'ai mal, encore plus maintenant, d'avoir eu cette envie que je ne veux plus avoir pour qui que ce soit. Il sera le seul. Toujours.

Merde, je crois que j'ai encore envie de vomir.

Je regarde Bill se sécher les cheveux. Nous avons une interview aujourd'hui. Je déteste ça. Pour plusieurs raisons. Et notamment parce qu'il est tellement mal à l'aise dans ces moments là, et parce qu'il se défonce après. Systématiquement. Et j'ai peur de ces moments, où je me sens tellement impuissant. Depuis qu'il a commencé à se droguer, à boire, on ne fait plus de projets d'avenir, comme on le faisait avant. Je me rappelle de ces après midi qu'on passait dans l'herbe, dans le jardin de maman, ou dans l'herbe, à l'hôtel. Il faudra qu'on le fasse un jour.

« - Qu'est-ce que tu regardes comme ça ?
- Toi.
- Mais encore ?
- Tes cheveux. Ton maquillage.
- Qu'est-ce qu'ils ont ?
- J'aime quand tu es comme ça. Que tu prends soin de toi.
- Je ...
- Bill, excuse moi, j'aurais du ...
- Non, tu as raison. Tu as entièrement raison. J'en ai marre, tu sais ça ?
- Je sais. »

Je me détourne. J'aime pas ce genre de conversations.

« - Tom ?
- Oui ? je répond en me retournant.
- Prend moi dans tes bras. »

Je souris. Bill est de nouveau Bill.

Je franchis les quelques pas qui nous séparent, et le prend dans mes bras. J'aime cette sensation, j'aime le sentir près de moi, mon petit frère. Il est toute ma vie, tellement important. Tellement ... pur. Il se sert contre moi, cache sa tête dans mon cou, et je sens ses cheveux encore humides sur ma peau, et je frissonne. Je ne me pose pas de questions. Ce n'est pas le moment. On verra plus tard.


2 Juin 2009, dans mon lit.
___J'ai mal au crâne. Mal partout. J'ai envie d'me piquer, j'en ai besoin, je transpire alors que j'ai mal partout. J'en peux plus. Et j'écris quand même dans ce putain de journal. Je sais pas pourquoi je le fais.
Gustav m'a trouvé allongé dans la salle de bain, tout à l'heure. Et il s'est mis à me hurler dessus. Et il a finit par s'écrouler en pleurant. J'aime pas quand il pleure. J'aime pas quand il se sent mal, par ma faute. Je les détruis, comme la mort de Bill m'a détruit. Pardonne moi, Stuv, pardonne ma méchanceté, mon égoïsme, ma destruction lente. Je fais ce que je peux tu sais ? Toi, si pur, si bon, si serviable, tu ne mérites pas de supporter mon comportement. Pas plus que Georg.

Je dis des trucs que j'oserais jamais dire à voix haute, dans ce journal. Ca fait bizarre. Très bizarre. Je dis mes sentiments. Avant, il n'y avait que à Bill que je pouvais les dire. Est-ce qu'une part de Bill se trouve dans ce journal ? Où te caches-tu mon amour ? Pourquoi ne te montres-tu pas ? Tu ris de voir ma détresse ? Serais-tu devenu cruel ? Sadique ?

Non, bien sur que non. Je me fais pitié. Notre lien, je ne le sens plus. Ca me manque. Tellement. Je me souviens, quand j'ai cessé de le sentir. J'ai cru que c'était moi qui mourrais. Jamais douleur n'a été aussi forte, même mes migraines ne sont pas aussi fortes. Je vais arrêter d'écrire pour le moment. Gus m'a dit qu'il allait m'apporter quelque chose à boire. Un chocolat, j'imagine. J'aimais bien le chocolat chaud, avec Bill, dans notre lit. Notre lit ... J'y suis couché en cet instant. Mais ton odeur a disparut mon c½ur, j'ai tout fait pour qu'elle ne parte pas, j'ai même mis de ton déodorant dessus, parce que tu ne mettais jamais de parfum. Il n'y avait que ton odeur qui nous séparait, la nuit, nos corps luisants de sueur.


Ses bras dans le bas de mon dos, et les mains les serrant de toutes mes forces contre moi, sous son tee-shirt, nos jambes quasiment mélangées, je ne sais plus laquelle est à moi, et laquelle est à lui. J'aime notre proximité, cette fusion de nos corps, de nos âmes. De nos c½urs. Et même si certaines personnes sont choquées par cette proximité entre mon frère et moi, ça m'est égal. Il est le seul important dans ma vie.

Sans me lacher, il parle. La voix basse, je dois arrêter de respirer pour le comprendre.

« - Dis p'tit Tom ...
- Oui ?
- Tu m'abandonneras jamais hein ?
- Nan, bien sur que non !
- Même la mort ?
- Même la mort ! »

Je promets, sans hésitation, parce que c'est la vérité. Vivre sans lui m'est impossible. J'aime beaucoup de gens. Gus, Georg, Dray, Maman, Papa, Gordon. Mais lui, c'est tout pour moi.

J'embrasse le haut de son crâne, et il sort la tête de sous mon cou, le regard interrogateur. Je ne sais pas ce qui me prends, pourquoi je fais ça, mais je pose mes lèvres sur les siennes, tellement attirantes, tellement belles, et tellement douces, je m'en rend compte. Je ne comprend pas moi-même mon geste, mais je me sens bien, en sécurité, et j'ai l'impression que quand il est dans mes bras, il ne peut rien arriver à Bill. Il est ma raison de vivre. J'aimerais tellement être la sienne.


2 Juin 2009, dans le salon avec Gustav et Georg.
___Ils voulaient que je vienne regarder un film avec eux. Ils ont gagné. Presque en toute logique, je n'écoute pas un mot du film, je ne saurais même pas dire de quoi il parle, ni quel acteur joue dedans. Mes pensées ne sont plus ici. Depuis bien longtemps. Je suis là, prostré sur mon fauteuil, alors que Hagen et Stuv* sont ensemble sur la canapé, et sont super concentrés sur la télé.

Je me pose souvent la question. Bill est mort. Ma souffrance a été horrible, inimaginable, telle que je n'en connaitrais jamais plus. Mais normalement, les gens se remettent de la mort de ceux qu'ils aiment. Ils réapprennent à vivre, ils s'ouvrent de nouveau au monde. Pas moi. Ma douleur est toujours là, perçante, et n'a pas diminué depuis ce jour. J'ai toujours aussi mal.

Est-ce que c'est moi qui suis anormal ? Je ne pense pas. Je crois que je connais la réponse. Il était mon jumeau, nous partagions une âme, un monde où seul notre amour comptait. Nous étions amants. Aussi choquant de cela puisse être. Je l'aimais comme personne, et sur tous les plans. Je ne sais pas si ca fait de moi un monstre. Est-ce que ça fait de moi un monstre ? Je me souviens, alors qu'il était si faible, qu'il me demandait de l'embrasser, pour lui donner un peu de ma force, un peu de la force de notre amour. Et je le faisais, parce que je voulais l'aider de toutes mes forces, et que si j'avais pu, je lui aurai donné non seulement la force de mon amour, mais aussi ma vie. Je serais mort pour qu'il vive. Sans aucune hésitation. Le problème est là. Mon problème est là. Ce n'est pas sa mort le vrai problème. C'est que moi je ne l'y ai pas suivit.


Ses lèvres contre les miennes. C'est bon. Tellement bon. Je voudrais l'avoir contre moi comme ça, toute la vie. Des siamois. On voulait être des siamois, quand on était petits. Ne jamais être séparés. Un c½ur pour deux, un corps pour deux âmes, la meilleure façon pour deux personnes qui s'aiment au-delà de la raison de ne jamais être séparés. Et puis on a grandit, et nos baiser, depuis quelques semaines, sont notre lien à nous. En plus du lien mental. Qui existe réellement. Peu de gens le savent, encore moins le croient. C'est stupide pourtant. Nous avons passé neufs mois dans le ventre de notre mère, sans doute les plus beaux de notre vie. Deux être à part entière sont nés de ce qui devait ne devenir qu'une seule personne. Alors nous sommes liés, c'est évident. Je sens son bonheur, de plus en plus rare, je sens sa douleur, ses doutes. Je sais quand son esprit est embrumé par l'alcool ou la drogue, sans pour autant connaitre la moindre de ses pensées. Bill et moi ne sommes jamais vraiment éloignés. Jamais plus de quelques kilomètres. Et jamais très longtemps. Et c'est encore plus vrai depuis qu'il se drogue. Depuis presque un an. J'ai du mal à y croire. Un an que je cauchemar a commencé.

Alors en cet instant précis, je ne pense qu'à ses lèvres contre les miennes. Il me dit qu'il m'aime, de plus en plus souvent, et je lui répond que moi aussi. Pas par gentillesse, parce que comme dit Bill, « Tom n'est pas gentil. Il aime ». Je trouvais ça stupide. Mais c'était avant. C'est fini maintenant. Il a raison.

Il m'embrasse de plus en plus, de plus en plus souvent. Quand il est mal, ou quand il voit que moi je vais un peu moins bien que d'habitude. Il se drogue toujours autant, mais je crois que c'est pour la forme.

Cette fois, notre baiser est différent. Il me donne des frissons. Il me fait réagir. Je ne devrais pas. J'avais toujours considéré que ces baisers étaient une preuve de tendresse, comme pour me rassurer, je vais bien, ne t'en fais pas. Il semblerait que non. Et sa langue sur mes lèvres, je ne sais pas si j'en veux plus, ou si j'ai envie de le repousser. Est-ce que j'ai envie de te repousser, Bill ?


2 Juin 2009, toujours dans le salon. Le film est finit.
___Le film est terminé. On a parlé avec les mecs. De Bill.

Alors que je reposais le journal tout à l'heure, je me suis rendu compte du film que l'on regardait. Et j'ai eu envie de tout casser. Lord Of War. Son film culte. Comment ont-ils osé regarder ce film ? Me faire regarder ce film ? Ont-ils oublié ? Oublié à quel point Bill pouvait être fasciné par ce film ? Par la violence des scènes, par l'amour fraternel qui émane de ce film ?

J'sais pas si j'leur en veux. Il leur manque, je le sais. Combien de fois j'l'ai aient entendus pleurer, le plus discrètement possible ? Il leur manque, et moi je ne pense qu'à ma propre douleur. Est-elle comparable avec la leur ? Non, bien sur. Aucune douleur n'est comparable avec la mienne, je le sais, j'en suis sur.
Je pense à Maman. Là, tout de suite. Et je suis en colère. Merde ! Elle est en vacances, aux Maldives. C'est synonyme de souvenirs pour moi, mais c'n'est pas ce qui compte, maint'nant.

Elle est en vacances, alors que son fils est mort. Comment peut elle ? L'abandonner ? L'oublier ? Comment parlera-t-elle de lui dans quelques années ? Comme du fils prodige disparut trop tôt dans des circonstances tragiques et mystérieuses ? Je la hais.

Georg et Gus me regardent, il y a encore des traces de larmes sur leurs joues. Et moi, je détourne le regard, je préfère écrire. Je comprends ce que Bill ressentait quand il écrivait des chansons. Il se vidait de son amertume, de sa haine pour ce monde, et cachait quelques mots tendres entre deux insultes.

Vers la fin, ses chansons étaient hard, vraiment. Fucking Word. Il maudissait chaque personne de cette terre, chaque battement d'aile de papillons qui avaient provoqué son mal-être.

Et ces gens, ces papillons, je les deteste. Je les onis. Je les écraserais sous mes talons, et leurs ailes translucides seront pareilles à celles de mon ange : détruites. Mais une chose est sur : même avec les ailes détruites, Bill restera toujours le plus bel ange que la terre ait porté. Oh mon dieu je l'aime. Je crois que je vais vomir. Encore. Merde !

* Hagen est le surnom de Georg et Stuv celui de Gustav.

# Posté le lundi 07 avril 2008 08:26

Modifié le mercredi 26 août 2009 08:22

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