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Le 1er Juin 2009.

1er Juin 2009.
___Il semblerait que tenir un journal soit la solution. Je n'en suis pas sur, mais de toute façon, je ne suis plus sur de rien. Le psy me l'a dit : « tenez un journal, assumez et affrontez vos erreurs, vos démons et vous verrez, vous n'aurez plus besoin de drogue. Ni d'alcool. ». Je ne lui ai pas dit. Qu'il se trompait. Je n'ai pas vraiment besoin de ça. Pas plus que tenir un journal ne va m'aider. Je voudrais lui dire combien il a tort, et lui balancer sin chèque à la gueule, comme toi tu le faisais au début. Il est là le problème. Toi. Tu es parti. Tu m'as abandonné, et moi je suis obligé de rester ici, retenu, et même si de l'extérieur ma vie parait dorée, il n'en est rien.

Ils m'obligent à vivre une vie dont je ne veux pas, m'abreuvent de mondanités qui m'éc½urent.

Ce n'est pas aujourd'hui que je vais écrire beaucoup. Gus m'appelle. Et puis ma main commence à trembler.

C'est le manque. Je sais que c'est mal, mais dès que mon crayon sera reposé, je vais me jeter sur le sachet de coke, celui qui est coincé entre mon matelas et le sommier. Pas de piquouse aujourd'hui. Pas le temps. L'effet serait trop violent, trop visible. Alors je vais sniffer, hop, ni vu ni connu, me replonger un peu plus dans les souvenirs, dans ma peur. Te rejoindre ...


« - Tu vas continuer comme ça encore longtemps, Bill ? »

Je m'énerve, une fois de plus. Il ne m'écoute pas, il plane trop. Ses yeux me fixent, mais je sais qu'il me voit pas. Ou qu'il m'ignore. Je sais pas. J'aime pas quand ses yeux sont comme ça.

J'ai l'impression que c'est pas vraiment mon frère en face de moi. Un démon circule dans son sang, envahi chaque recoin de son corps. Même ses cheveux, dans la lumière étrange de la chambre, semblent paraissent dangereux. Je sais que parler sera inutile, je ne connais personne de plus têtu que mon frère. Il est là, immobile, au milieu de la chambre, les bras ballants. Il aurait l'air de dormir debout si de ses yeux, ouverts, ne coulaient pas des larmes.

Je lui tourne le dos, et prépare son lit. Je préfère que la merde qu'il a pris fasse effet dans son lit plutôt que n' importe où dans cet hôtel de merde.

Merde ! Je me retourne, et voit Bill recroquevillé sur la moquette, sanglotant de toutes ses forces. Ca me tue de le voir comme ça, de dire ça, mais la scène est pathétique. Je soupire. C'est tout ce que je peux faire.

Je prend une couverture et l'étend sur lui. Je sors de la chambre en retenant comme je le peux mes larmes.

Dans ma chambre, je prends ma guitare. Et joue. Un peu. J'me sens mal. Mon frère est loin de moi. Je me douche, me couche. J'ai pas faim.

Je sais que c'est lui qui me secoue.

« - Tom ? Tu dors ?
- Non, comme tu le vois, une jolie blonde est en train de m'faire la meilleure fellation du monde - -'. »

J'ouvre même pas les yeux. J'sais qu'il se dandine, et qu'il enroule une mèche de cheveux mouillés autour de son doigt. Il a dut se réveiller, il y'a une heure ou deux. Il est resté un peu sous sa couverture, et puis il s'est levé.
S'est douché. Démaquillé et remaquillé. Pour se démaquiller à nouveau. Il est comme ça mon frère. Se remaquiller pour se démaquiller, ça lui donne l'impression qu'il ne s'est pas vraiment endormi en étant complètement défoncé. Ca lui donne bonne conscience. Ca lui donne l'impression d'avoir bonne conscience. Et puis il s'est posté devant mon lit. Et a prit son courage à deux mains.

C'est tout le temps comme ça. Il me regarde, et moi, à peine endormi, j'essaie de garder mon sourire. Je n'attendais que ça, comme à chaque fois.

Je lui fais un peu de place, et ouvre enfin les yeux. Il est exactement comme je l'avais imaginé, comme il est tous les soirs. Juste un boxer, et ses cheveux encore trempés.

« - Allez vient là. »

Il s'allonge près de moi, et reste au bord du lit, le plus près possible. Je n'essaie pas de m'approcher, c'est une question d'habitude. Quand il entendra ma respiration ralentir, et quand il sentira dans notre lien que je dors, il se rapprochera, et il s'agrippera à moi. Et le matin, comme tous les matins, il prétendra que c'est moi qui me serais rapproché de lui.

C'est tous les soirs comme ça. Depuis presque un an. Un an que mon frère se détruit. Un an que je suis impuissant à sa détresse. Un an que je souffre avec lui. On dit souvent que le lien entre jumeaux n'est qu'une supposition. Je dis non. C'est faux.

Il n'existe personne d'aussi liés que Bill et moi. Personne ne peu comprendre quelqu'un comme je comprends Bill. Je partage sa douleur, il partage le peu de bonheur que j'essaie de préserver dans ma vie. Je ne suis pas égoïste. Je ne le fais pas pour moi. Juste pour que mon frère soit un minimum heureux. Même par procuration.


1er Juin 2009, un peu plus tard.
___Finalement, je peux réécrire. Et je crois que j'en ai besoin. Je m'en rends compte maintenant. Je suis dans le salon, Georg et Gus à côté de moi, lamentablement étalés sur le canapé. Ils se sentent seuls, je le sais. Enfin, ils s'ont l'un l'autre, mais moi, ça fait longtemps que je reste dans mon coin. Trop longtemps. Sans doute. On se parle au minimum. Bonjour, bon appétit. T'as fini dans la douche ? Ouais, et toi ? Tu me passes le sel ? J'en peux plus de cette ambiance. Je voudrais aller les voir, leur dire ce que j'ai sur le c½ur. Mais à quoi bon ? Eux aussi ils souffrent, eux aussi ils ont mal, d'avoir perdu Bill, de me perdre aussi. Peu à peu, irrémédiablement. Comme un poison qui s'insinue sournoisement dans le sang, qui fait siens chaque cellule, chaque protéine, et qui les refais à sa façon.

Je ne suis pas égoïste, que le premier à penser ça me regarde dans les yeux et me le dise en face. Je suis seul. Affreusement seul. J'ai perdu ma moitié, ma vie. Je suis mort de l'intérieur, réellement. Personne ne le comprend. David fait semblant de ne pas entendre, Gus s'inquiète beaucoup trop de ce que je peux faire de mes veines, et puis Georg préfère faire comme si de rien n'était.

Il me manque. Tellement. Dans le van, je me suis endormi. Et j'ai rêvé. Une de ces après midis de rêve avec Bill.
Un moment de plénitude totale. Et je me suis réveillé. Une fois de plus. J'aurai voulu ne jamais ouvrir les yeux, ne jamais plus entendre les questions connes des gens. Plein de compassion, de sollicitude, de gentillesse. Ec½urants. Vomitifs. Dégoulinant d'une hypocrisie à peine marquée. Et j'ai pleuré. Ca faisait longtemps que j'avais pas pleuré. Longtemps que Gus ne m'avait pas pris dans ses bras, et que je n'avais pas enfoui ma tête dans son cou. JE crois que la dernière fois c'était quelques mois avant la mort de Bill. Je m'étais disputé avec lui, et on ne s'était pas parlé pendant des jours. Je n'avais plus senti le lien, et la panique s'était emparé de moi.

___Je me réveille. Il me serre contre lui, encore une fois. Un de ses genoux est entre mes jambes, et sa main est posée sur mon bas ventre. Cette position ne me gène pas. Je sais que quelqu'un qui ne nous connait pas et qui nous verrait comme ça pourrait être étonné, choqué, mais je m'en moque. Gus et Georg sourient de nous voir comme ça, la tendresse est une évidence entre nous. Je rie des montages photos qui circulent sur le net, mettant en évidence nos coups d'½il tendres à Bill et moi, nos gestes doux. Evidement. On est des mecs, on est beaux, célèbres, à priori heureux, alors on a forcément quelque chose à cacher. Et bien non.

Et puis zut, j'ai pas envie de penser à ca maintenant. Je me retourne dans les bras de mon frère, et doucement, remet une mèche ébène en place. Il frémit, et resserre son étreinte. Sa main est maintenant sur mes fesses, et son genoux ... son genoux quoi !

Il gigote un peu dans mes bras, enfoui son visage dans mon cou. Son nez frotte doucement ma clavicule. Je sais qu'il cherche mon odeur, qu'il s'en abreuve. Les odeurs ont une importance vitale pour lui. Quand on était petits, Bill respirait toujours profondément les gens avant de les saluer. Et il n'était pas rare qu'il refuse, parce qu'il n'aimait pas l'odeur. Ou que la personne n'avait pas d'odeur. Et moi, je ne disais bonjour qu'aux personnes à qui il disait bonjour.

« - Bonjour. Il me dit ça de sa voix pâteuse du matin.
- Bonjour, p'tit frère. Bien dormi ?
- Ouais. J'ai fait un cauchemar ...
- Tu racontes ? »

Bill déteste raconter ses cauchemars. Depuis toujours. Il est pudique, je crois être le seul à l'avoir vu nu depuis des années. Il a un corps magnifique, mais autant le dire, les remarques sur son physique androgyne, à ce qu'il parait, n'ont pas du tout eu une bonne influence sur son corps. J'ai donc la primeur de tous ses rêves, cauchemars, songes. Parfois, il en parle à Gus. Ce mec est une crème, le genre qui écoute pendant des heures, se moque gentiment de temps en temps, juste ce qu'il faut pour mettre à l'aise.

« - Je sais pas ... C'était bizarre.
- On a tout notre temps.
- Je sais, Little Boy. Je sais. Mais raconter mes cauch'mars, ca leur donne une sens ... réel. Tu comprends ?
- Non, au contraire. C'est comme pour les v½ux. Si tu les dis, ils ne se réalisent pas.
- Tu crois ?
- Je t'ai déjà menti ?
- Oui ! Tu as sout'nu que le père noël existait. Et je t'ai cru. Pendant des années. »

J'insiste pas. Il me dirait quand il aura envie. Seulement à ce moment. Je ne le force jamais à parler. On se rendort, enfin, je me rendors serrant Bill dans mes bras. Quand je me reveille, il est en tailleur à côté de moi, et trace du bout des doigts les bleus sur ses bras. Je m'approche de lui, et pose ma tête sur sa cuisse. Il baisse la tête, et pose une main dans mes dreads. Il adore jouer avec. Tout le monde dit que j'ai l'air d'un poulpe avec ça sur le crâne, lui trouve que je ressemble à la meuf de l'antiquité là, celle qui change en statut de pierre chaque personne osant la regarder dans les yeux. J'ai oublié son nom. De toute façon, ça fait un moment que Bill m'a pas sortit cette comparaison. Il enroule une de mes mèches entre ses doigts fins, et chuchote :

« - C'est moche hein ?
- ...
- Tom ...
- Quoi ?
- Répond au moins !
- Je sais pas quoi te dire. Oui, c'est moche. Mais si les bleus étaient la seule conséquence de ta défonce quotidienne, ca me dérangerait pas. C'est te voir dans cet état qui me donne envie de vomir.
- Je ... je suis désolé, tu le sais ?
- Je sais, je sais. Ne t'inquiète pas. On va y arriver.
- J'aime l'espoir que tu as. Même en sachant que c'est faux. »

Je ne réponds pas. Il est sur qu'il va mourir. J'ai envie de lui dire que oui, bien sur. Comme tout un chacun. Mais il serait bien capable de me dire comment, et quand. Et ... et moi j'veux pas savoir.

On reste comme ça, immobiles, un long moment. Très longtemps, Bill joue avec mes dreads, et moi je trace des cercles sur la peau nue de sa cuisse. C'est souvent comme ça, le silence, une complicité du tonnerre.


1er Juin 2009, encore plus tard.
___Je crois que je vais gerber. Bientôt. Pour l'instant, je suis léger. Léger. La mélancolie est encore plus présente. Putain de mélancolie. Putain de tristesse. Ma vie est détruite. Saccagée. Je crois que je te hais, Bill, de me faire ça. Tu m'avais promis de ne jamais me faire souffrir, quoi qu'il arrive, et voilà que je souffre plus que jamais. Tu m'as abandonné, tu ne ressens plus rien, tu me regarde de ton putain de nuage, et tu dois rire de me voir si pathétique, si toi, vers la fin. Ce que j'écris est horrible. J'ai même pas honte. Gus toque à la porte. M'en fout ! TA GUEULE STUV ! Merde ! C'est fermé à clef, ça veut bien dire c'que ça veut dire nan ?

J'ai envie de baiser je crois. Ou de pisser. J'suis pas trop sur. J'ai trop de mal à écrire, c'est presque drole. Bon, je vais pisser. On verra bien si c'est ça.

1er Juin 2009, de retour des chiottes.
___J'avais envie de pisser, et de baiser, puisque la deuxième envie est encore là. Merde. Je veux pas tromper Bill moi ! Hey ! Toi qui commandes la chose que j'ai entre les jambes, t'veux pas aussi commander m'sieur dieu pour qu'il fasse revenir mon frère ? Mon amour ? Ma vie ? Nan ? Okey ! J'vais m'coucher.

# Posté le samedi 05 avril 2008 14:11

Modifié le mercredi 26 août 2009 08:21

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